Rencontre avec Victor

Interview détaillé du numéro 18 de PopCorn consacré au film Bonjour de Yasujiro Ozu

Pour ce numéro, nous rencontrons Victor, magicien de l’image et de la lumière. Sur le tournage, c’est le chef opérateur. Il nous explique son travail, son rôle dans l’élaboration d’un film et l’évolution de son métier qui a commencé sur des pellicules et qui se poursuit sur des écrans numériques.

Quel est le rôle du chef opérateur ?

Le chef opérateur rassemble les métiers de la lumière et de la caméra. On peut aussi l’appeler directeur de la photographie. Il est chargé de faire les lumières du tournage d’un film, c’est-à-dire illuminer le décor et le cadre de la caméra. C’est un technicien qui a une responsabilité artistique, il suit le film dès la fin de l’écriture du scénario jusqu’à la fin du travail de post-production : au moment de l’étalonnage, le moment où l’on fixe les couleurs par ordinateur après le montage définitif du film. Il travaille avec du matériel volumineux, des projecteurs, des outils pour fixer et sécuriser la caméra et ses accessoires (objectifs, filtres, trépied pour avoir une caméra stable, rails pour la faire glisser et faire des travellings, etc). Il doit pourtant se faire le plus discret possible pendant le tournage, il ne faut pas que son matériel apparaisse à l’image ou que les acteurs soient déconcentrés par tous ces objets qui les entourent.

Avec qui travailles-tu dans une film ?

On rencontre d’abord un réalisateur, on discute du scénario et de la vision que l’on se fait tous les deux du film. Si on a la même vision et que l’on s’accorde, on commence à travailler ensemble. Très vite, on discute du budget avec le producteur, cela permet de voir ce que l’on peut mettre en place au moment du tournage, du matériel plus ou moins coûteux, une équipe nombreuse ou réduite, la durée du tournage, etc. Ensuite, on monte son équipe, composée de trois départements :

  • Les assistants caméras changent les objectifs de la caméra, installent des écrans qui y sont reliés pour que le réalisateur puisse voir ce qui est tourné, ils sauvegardent les prises de vue chaque jour pour les transmettre au monteur.
  • Les machinistes s’occupent de mettre en place les éléments de la caméra pour qu’elle puisse bouger, si elle doit faire des mouvements, tourner, être suspendue ou être accrochée à une voiture qui se déplace.
  • Les électriciens installent les projecteurs et se chargent de trouver l’énergie suffisante pour brancher toutes les lumières, parfois au milieu d’un champ ou dans un appartement. Pour les spots, il faut des prises particulières. Ils doivent ensuite sécuriser tout l’équipement. On peut vite être nombreux et prendre beaucoup de place. Souvent, quand on voit plein de camions de tournage dans la rue, une grande partie est dédiée au matériel caméra et à la machinerie.

À l'époque du tournage de Bonjour, on tournait en pellicule. L'utilise-t-on toujours aujourd'hui ?

J’ai eu la chance de me former au début du numérique, j’ai donc appris le travail de la pellicule et du numérique. Je préfère la pellicule car toute ma culture cinématographique est basée sur des films tournés de cette manière. Si les images me touchent aujourd’hui, c’est parce que je les ai découvertes par ce biais. Le grain de l’image, le battement, le flottement, les contrastes, les couleurs… il y a un ensemble d’image que l’on rattache très facilement à cette façon de tourner. En numérique, l’image est beaucoup plus douce, lisse. Elle a moins de caractère.

L’atmosphère sur le plateau n’est pas du tout la même quand on tourne en pellicule ou en numérique : l’expérience est différente. Il y a une tension avec la pellicule, on ne peut pas filmer à l’infini, c’est un matériau qui se déroule, qui est plus cher, l’équipe est un peu plus concentrée… et il y a quelque chose de magique : on ne sait pas exactement ce que l’on tourne. On a des écrans de contrôle qui permettent de voir ce que l’on filme mais l’image est de moins bonne qualité, on sait que le résultat sera encore plus beau. Quand j’étais assistant, mon rôle était de changer les “magasins”, c’est à dire l’endroit où on charge les bandes de pellicules sur la caméra. Les caméras avec des magasins étaient plus grandes et plus lourdes.

L’explication de PopCorn : À la fin des années 2000, c’est une nouvelle ère qui commence pour le cinéma ! Une technique de tournage et de projection se développe : le numérique. Avant, les films étaient tournés sur des pellicules, des bandes en plastique sur lesquelles, grâce à un procédé chimique, la caméra “imprime” les images qui composent les histoires. Elles sont aussi utilisées lors de la projection où l’on place une grosse lampe derrière et tout est projeté sur un écran. Qu’est-ce qui change avec le numérique ? Lors des tournages, les images sont enregistrées sur un ordinateur.